Pas que …

Comme je ne suis pas que con (même s’il faut gratter longtemps avant de trouver la sous couche) j’avais un plan en entrant en Mauritanie  Et même une direction. Quelques kilomètres après la frontière, au lieu de tourner à gauche vers Nouakchott, j’ai pris à droite, vers un cul de sac entouré d’eau: Nouadhibou. Pourquoi ce trou?

Trouver un raccourci

Parce qu’il était hors de question qu’avec tout mon barda, mes 9 chevaux et mon peu d’essence, je me tape les 450 bornes de sable le long de la voie de chemin de fer. Pas plus qu’il était question que je me fasse les 810 km de détour pour aller à Atar afin de te raconter ensuite la région de l’Adrar.

Ne jamais demander au chef

Alors ? Alors, je suis allé voir le chef des transports de marchandises à Nouakchott, pour savoir s’il n’y avait pas moyen de charger choupinette (je l’appelle aussi comme ça, au moment de passer à la caisse, ça fait plus petite moto et c’est moins cher) jusqu’à Choum ? Le chef a dit “non”. Question de responsabilité, d’assurance paraît-il… ha bon, cette maladie est arrivée ici aussi en Afrique ???

Toujours demander à quelqu’un qui s’en fout Résultat? J’ai refait comme d’hab. J’ai demandé à un un type qui passait par là et qui n’avait sans doute aucune responsabilité et qui m’a dit que pour 50 balles (on est partis de 250), y’avait moyen de monter la moto sur un camion benne puis de la jeter dans un wagon.

L’heure, c’est pas l’heure

Rendez-vous 17h. J’y suis allé à 16 des fois qu’il serait en avance (j’suis con moi!). 20h, 21 h, 22h, 23h, minuit… au moment où je désespérais et alors qu’on avait déjà chargé ma moto et les bagages dans la benne … à minuit trente, un grondement sourd s’est fait entendre.

La puissance brute

Le monstre était en approche. Deux phares perçants, éblouissants, menaçants . Il m’est passé à un mètre, avec la puissance et la force d’un super tanker. Là, le chauffeur du camion s’est affolé et m’a dit de me grouiller à monter dans la benne. J’ai pris mon sac vidéo, mon casque, j’ai sauté maladroitement à l’arrière de la benne en faisant tomber mon iPhone parce que je tentais de filmer tout ça et on a démarré en trombes. On devait rattraper la tête du train qui avait un peu de mal à s’arrêter. Tu m’étonnes, avec ses 2,5 kilomètres de long, ses 250 wagons, ses 17.000 tonnes, pas simple d’être précis sur le repère de freinage.

À l’assaut

Le camion a fait de nombreuses embardées à ras du train, on aurait cru l’attaque d’une diligence. Comme j’étais à cheval sur une ridelle à l’arrière, un type m’a fait signe de ranger ma jambe pour ne pas me la faire découper en rondelles par le train. D’un coup, la folle cavalcade s’est arrêtée à trois centimètres d’un wagon. Les types à l’arrière du camion ont bondi dans ce wagon et se sont mis à charger tout le poisson qui commençait à empester un peu. Puis est venu le tour de mon tagazou. Ils l’ont hissé à hauteur supérieure du wagon et l’ont fait basculer tête en bas avant de le reposer à nouveau sur ses jantes. Son premier (et j’espère le dernier) looping.

Faire vite

Pas d’éclairage, pas de contrôleur, pas de chef de train, pas d’horaires, pas de coup de klaxon pour annoncer un éventuel départ, tu sens juste que le temps presse et que le train ne va pas attendre. Et là, il s’est passé un truc incroyable. Comme si quelqu’un venait de faire tomber à une rangée de dominos constitués de gigantesques poutrelles métalliques. Les motrices, parées d’une sublime livrée bleue et sable, venaient de se mettre en route, mettant en tension les wagons, un à un, avec tous ces “klonks” successifs. On s’est pris un immense choc à notre tour et c’est tout l’ensemble du convoi qui s’est mis en branle.

C’est bôôô

Les deux types restés avec moi ont aussitôt chopé une couverture et se sont blottis dessous. À même le métal froid du wagon, le sable et le minerai de fer restant. Moi j’en ai pas perdu une seule miette. Je me suis allongé sur le dos et j’ai regardé le ciel, la lune, les étoiles, j’avais l’impression que c’était eux qui bougeaient pour nous et j’ai ressenti l’incroyable puissance de la vie.

Quelle nuit

Quand je dis que je n’en ai pas perdu une seule miette, c’est au propre et au figuré hein. Un immense hallo fait de poussière de sable et de minerai s’est élevé autour du convoi et nous a envahi. Se glissant absolument partout. Croustillant sous mes dents, m’irritant les yeux. J’ai sorti une cagoule et un masque de cross que  j’avais prévus en cas de bivouac lors d’une tempête de sable et, comme tout le monde, je me suis fait balloter à droite, à gauche, en avant et en arrière, toute la nuit. À la vitesse folle de 58. Km/h. J’ai pas dormi mais je m’en foutais.

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DAKAR EN YAMAHA AG100

Par |Publié le : 23 février 2024|3 Commentaires|

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3 Commentaires

  1. Barat 25 février 2024 à 15h14-Répondre

    Lolo dit Fut’man. Je suis toujours épaté par les rencontres in-extremis dans toutes aventures. Un type venu de nul part, pour un détour improvisé et Choupinette passe la nuit dans un tombereau. C ‘est Mad Max dans l’émerveillement ! Tout parait simple, quand on aime les gens, mm s’il faut un bifton… Cette enfant que tu va chercher à vraiment une bonne fortune, malgré sa santé. Tu me fais penser à St-Ex. et son petit Prince, aussi universel que ta démarche. Je te souhaite d’être victorieux poussé par nos pensées les plus réjouissantes.

  2. Kanatri 24 février 2024 à 19h08-Répondre

    Superbe lolo, je suis tous tes récits avec passion ! MERCI !

    NK

  3. Bernard Devès 24 février 2024 à 14h20-Répondre

    bravo lolo 👍je me régale à chacun de tes récits, et respect pour ton odace et ton sens de la débrouillardise. 👍👍🫡

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