
Je pense pouvoir te trouver autant de bonnes raisons de revenir un jour sur l’Africa Eco Race … que de ne pas revenir !
Tiens un mec comme Jean-Loup Lepan. Déclaré quasiment mort voilà un an et demi sur un rallye. Il chute lourdement et se brise la colonne vertébrale « pour une histoire d’Airbag qui ne s’est pas déclenché et pour lequel j’avais accepté d’en faire le développement ». Il chute, est transféré à l’hosto mais doit surtout être transfusé mais pas de sang dispo. Le médecin vient le voir et lui explique qu’il va mourir … Jean-Loup s’effondre mais demande à ce que son père vienne pour mourir dignement. Son père arrive, Jean Loup lui explique qu’il va mourir. Puis non.
Tous deux se disent que ce n’est pas possible. Qu’étant d’un rhésus ultra courant, il vont bien trouver quelqu’un. C’est le cas Jean-Loup est transfusé. Deuxième épreuve, sa colonne vertébrale salement touchée. Le chirurgien lui explique qu’il va l’opérer mais qu’il en sortira très certainement paralysé. Jean-Loup refuse d’être opéré. Il fait confiance à son corps, la vertèbre se ressoude et se remet dans sa position initiale. Du jamais vu selon le chirurgien. Ce qui n’empêche pas Jean-Loup de sombrer dans une profonde dépression.
Pourtant, il va re gouter au rallye, y prendre du plaisir et s’apercevoir que sa vie, son bonheur finalement, c’est ça. Plus important que ça, le papa de Jean-Loup a lui aussi fait de très nombreuses années de motocross puis de rallye-raids. « Aujourd’hui, il n’a aucun ami de sa période motocross. Ses potes de rallye, il les voit souvent et se rappellent leur meilleurs souvenirs, les larmes aux yeux à 4 heures du matin.
Depuis le début de ce rallye, je peux t’en raconter des tonnes d’histoires comme ça. En trois éditions d’AER, je n’ai jamais vu autant d’abandons et de blessés. L’un les deux poignets. Clavicule pour l’autre. Fémur et cheville. Sans compter les abandons. Pourtant hier, au kilomètre 360 alors que j’étais fier d’être parmi les rares à avoir validé les 14 waypoints, j’ai décidé que c’était trop. Ouais, j’ai jeté l’éponge.
On venait de se faire secouer par d’immenses herbes à chameaux, molles, épuisantes. Puis on est rentré dans les dunes. Porteuses au début puis semblables à du fesh fesh. Interminables. J’ai pris un vrai coup de chaud, senti mon palpitant s’accélérer. J’ai bu, j’ai mangé un peu mais j’ai bien compris que je n’allais pas récupérer des forces comme ça sous une telle chaleur.
J’ai été rejoint par Samuel, et sa T7 qui m’a aidé plusieurs fois à la relever. Ensemble, on a rejoint Seb et sa 450 CRF. Il était sec, déshydraté. Puis ce fut au tour de Nicolas et sa T7 de nous rejoindre … on a fait une pause. On s’est dit qu’ensemble, on serait forts. Ce fut l’inverse. Devant la tâche à accomplir, les forces nous ont lâchées.
On a discuté de nos fortunes diverses, regardé la lune monter ainsi qu’une certaine amitié, dans la galère. Le froid a commencé à nous engourdir alors on a sorti nos couvertures de survie. P…., sûr que si demain, j’invente une couverture qui ne claque pas au vent, ne se déchire pas et est suffisamment grande pour t’envelopper (je sais ça s’appelle un plaid) je deviens riche.
Enrobés dans nos papiers alu comme des pommes de terre en robe des champs, on a tenté de trouver le sommeil. Sans succès, le froid nous a gagné. A cinq heures, j’ai entendu un bruit sourd, c’était le camion balai … Il y avait déjà un SSV et deux motos dessus. On a chargé deux motos supplémentaires (ma turbololo est restée dans les dunes en attendant un autre camion balai).
On est montés à cinq dans la cabine arrière prévue pour quatre, le pilote et la copilote sont descendus de la cabine pour faire la suite du trajet sur le plateau dans leur SSV et en route pour des kilomètres de dunes et d’herbe à chameaux. C’était la galère mais il règnait dans la cabine un air de colonie de vacances avec de nouveaux potes.
Bon, après ça, je vais faire mon auto critique. Ouais, le rallye va vite cette année et même très vite. La spéciale d’hier est sans doute la plus dure que j’ai jamais connue. C’est pas un reproche, tant mieux si l’AER redevient un rallye africain de haut niveau. Le sport y gagnera dans des paysages incroyables. Moi je ne suis pas sûr d’y avoir encore ma place … de la faute de mon manque de technique de pilotage et de vitesse. Malgré mon turbo ;-)

















Merci pour ces moments, je pense que l’AER est victime de ce besoin de grand air de nos concitoyens ! Victime entre guillemets, souhaitons seulement qu’ils gardent une place pour les amateurs !