Dis, c’est quoi l’aventure ?

Dis c’est quoi l’aventure ? Et surtout c’est quoi l’aventure en autonomie totale ? Et bien, à la veille du départ du Paris Nordkapp, je te dirais qu’il suffit de lever le nez au cœur du bivouac installé au château d’Ormesson, en région parisienne, pour en trouver très exactement … 230 interprétations personnelles, toutes différentes et originales.

Pour rappel, le Paris Nordkapp, c’est 6.000 km parcourus en 12 jours à 60% par les chemins en suivant une trace GPX. Un parcours ponctué de quatre « portes » où il faut se présenter dans un temps imparti sous peine de ne pas se voir remettre la trace GPX ou le road book suivants pour poursuivre l’aventure. Surtout pas une compétition mais plutôt une sorte de raid ou mieux, un challenge, un défi face à soi même. Et pour une première, le Paris Nordkapp, c’est 230 inscrits en moins de 48 heures, soit un succès absolu !

Du coup, au cœur du premier bivouac à Ormesson ça sentait bon l’excitation, l’inventivité, la créativité et surtout l’angoisse d’avoir oublié quelque chose. Tu pourras faire autant de salons moto que tu veux, retourner tout le net, jamais tu ne trouveras autant d’astuces, de systèmes D et d’avis réunis en une seul endroit sur ce qu’il faut emporter … ou pas.

Les motos vont de l’Africa Twin (ça va être costaud dans le sable en Pologne) à la fluette enduro (bonjour la poutrelle lors des liaisons bitume!!!) en passant par une belle majorité de Tenere 700. Les bagages, vont du fait maison au tout dernier système sans rack de SW Motech. Les outils, de la servante pour démonter l’intégralité de la moto au couteau suisse. La tente, de la quatre places avec auvent à la minimaliste 1 place de 500 grammes dénichée  chez les ultra randonneurs qui raisonnent au gramme près.

Sans parler des choix de pneus qui alimentent tous les fantasmes. Longévité ou performance dans le gras et le sable ? Pression cailloux ou pression sable? Quant au choix des fringues et à la qualité des duvet, entre la canicule en France et les températures nocturnes possiblement négatives qui nous attendent au Cap Nord, le choix s’avérait cornélien, amenant parfois à des chargements dignes d’un porte container maritime!

Ha je t’ai pas dit mais pour augmenter un peu l’excitation ou le stress (tout dépend du caractère de chacun), le départ fut donné à minuit. Certains faisant le choix d’aller se coucher direct pour partir à l’aube le lendemain, la majeure partie choisissant plutôt de commencer à rouler en pleine nuit. Et là, j’ai vu un spectacle que je n’oublierai jamais. Des phares partout dans la campagne, les bois, les sous bois. Éclairant au loin mais souvent et aussi à l’horizontale. Faut dire que les orages ont rendu le terrain ultra glissant offrant à la roue avant un grip incertain mais assurément une liberté absolue.

Du coup, des concurrents, j’en ai trouvé à plat ventre. D’autres assis sur leur moto couchée. Bah oui, relever une moto chargée de bagages pour ce challenge relève de l’exercice du développé couché à 250 kilos. Du coup, il existe deux techniques. Vider tous les bagages pour retrouver un poids raisonnable ou attendre sagement une bonne âme salvatrice.

J’en ai trouvé un coincé dans un fossé, sa moto enroulée dans une barrière. Pestant contre le sort, comme quoi celui-ci s’acharnait sur lui et ses bagages qui ne voulaient pas rester en place sur sa moto. Putain, tout ça sentait bon la galère, l’envie (ou le baroud d’honneur déjà), l’acharnement absolu ou le renoncement prématuré. Quand je te dis qu’il n’existe pas une aventure, mais autant d’aventures que d’individus.

Et moi. Bah pas le choix. Pour te raconter tout ça, j’étais au cœur du réacteur avec ma World Raid que je n’ai pas couchée une seule fois. De nuit, j’ai bien croisé l’avant plusieurs fois mais avec un pneu avant plutôt typé cross, j’ai eu la joie de le voir revenir en ligne à chaque fois. Entre deux coups de mains donnés aux autres concurrents, j’ai néanmoins beaucoup roulé seul. Heureux au cœur de la nuit. Avec quelques coups de mou , j’avoue, mais aussi avec une lueur d’espoir (dès 4 heures 30 du matin) lorsque le jour semblait vouloir se lever. Espoir contrarié par une saloperie de barrière de nuages qui nous laissera transis de froid jusqu’à 8h30 du matin.

J’ai aussi croisé José et Michel, deux inséparables. Sauf que Michel, c’est l’avant qu’il a croisé ainsi que ses ligaments du genou. Je l’ai vu ramper à terre, remonter – en boitant lourdement – sur sa machine pour quelques kilomètres supplémentaires et finalement s’effondrer en larmes de douleur. Et pourtant le garçon n’est pas en sucre ! Impossible de le descendre de la moto tant il hurlait de douleur. On a dû attendre les pompiers, lui poser un attelle, virer ses bagages et de le désincarcérer de sa moto par l’arrière, jambe bien droite. Ambulance, hôpital ! Cette première journée (enfin nuit + journée ) où il nous était conseillé de rejoindre au moins la frontière belge (500 km) fut donc dantesque.

Avec des bourbiers insondables où certains choisirent de se jeter plutôt que de les contourner suite aux recommandations de l’organisation. D’autres (je ne donnerai pas de noms) se ratant sur un pont et se jetant dans une rivière pour avoir fixé trop longtemps le GPS!

Du coup au soir de la première journée, les choses furent mises au point par Tiziano, l’un des organisateurs. Le Paris Nordkapp n’est pas un « demolition derby ». La route est encore longue. Très longue. Lorsque la fatigue vous envahit. Qu’une piste est trop dure, posez-vous et même bivouaquez ! La phrase la plus avisée dans un groupe de trois concurrents que j’ai entendue fut d’ailleurs: « vu comme on roule, à fond sur les pistes mais en se levant tard et en s’arrêtant tout le temps, on a le parfait profil des gars qui ne seront pas à l’arrivée !. » Bon je te laisse faut que je me lève de bonne heure et que je roule le plus régulièrement possible sans oublier de te faire de belle photos/videos !

PARIS NORDKAPP

Par |Publié le : 2 juillet 2026|0 Commentaire|

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