Paris – Nordkapp – 6.000 km en autonomie

Tu trouves que je ne te tiens pas assez au courant du Paris Nordkapp, ce challenge qui nous fait rallier, en autonomie, le cap Nord en 12 jours. 6.000 km avec des fenêtres horaires à respecter sous peine de ne pas pouvoir poursuivre ?T’as pas tort mais c’est un signe important, voire même essentiel. Lequel ?

De l’exigence de ce raid ! J’ai pas le temps. J’ai beau courir dans tous les sens pour filmer, interviewer mais il faut aussi rouler, beaucoup, longtemps. Alors j’ai pas le temps. La France et ses chemins boueux avalés de nuit nous ont laissé KO d’entrée de jeu. 10 concurrents se sont déjà retirés du game, La Belgique? Sans commentaire. Les Pays Bas? Surpris d’y avoir trouvé quelques belles pistes sablonneuses au milieu d’un endroit qui ressemble à un pavillon  témoin! Nickel, bien rangé, des clôtures partout. Nulle doute que les traces laissés par nos maxi trails en dérive ont dû faire tache. L’Allemagne ? Chiant, droit et verbotten dans les chemins. Oh les gars, faut se réveiller là et réclamer votre liberté à circuler. Ces deux longues et interminables journées de transition auront achevé de nous user encore davantage.

Bon, en revanche, l’entrée en Pologne/Lituanie/Lettonie a signé a signé la fin de cette transition. D’interminables pistes sablonneuses entrecoupées de petits chemins rendus extrêmement boueux par des pluies diluviennes. Trois jours intenses où il valait mieux avoir bien choisi ses armes. 1000, 1100, 1300 à proscrire même si bien évidemment de bons pilotes s’en sortent plutôt bien avec ces machines chargées à ras bord pour bivouaquer le soir. L’idéal ? Un trail mid size comme ma T7 World Raid équipée de pneus le plus off road possible.

Je ne sais pas pourquoi (si je sais, les 3 à 4.000 km de durée de vie de ces pneus) je n’avais jamais envisagé cette option. Mais je t’avoue que dans ces conditions, je me suis régalé de voir le train avant partir régulièrement en cacahouète pour finalement revenir toujours en ligne. Pas une chute ! Pas une chute t’es sûr ? Bon d’accord, une toute petite qui compte pour une grosse car dans un passages à gué.

En y arrivant je suis tombé sur quatre ukrainiens à moto qui s’acharnaient sur une pauvre Pegaso des années 90 qui venait de boire la tasse. Ils m’ont indiqué le meilleur endroit pour passer. Là sur la droite car moins profond. J’ai fait le malin. Je me suis mis debout sur les repose pieds, j’étais beau !  Le port haletier, quand là, paf, ma roue avant s’est dérobée sur une pierre habillée en peau de saumon. La World Raid a largement bu la tasse. Si je m’en suis voulu ? Non pas tant que ça. Je savais que c’était le début de l’aventure, laquelle se passait trop bien jusque là.

Quatre concurrents se sont arrêtés pour me prêter main forte. On a sorti la T7 de l’eau. Puis par tout petits à coups sur le démarreur on a essayé de lui faire ouvrir les soupapes pour lui faire recracher son eau. Rien à faire, elle est restée muette. On l’a couchée pour voir si on obtenait un meilleur résultat en faisait tourner la roue arrière. Pas mieux. J’ai dit à mes camarades d’y aller. Que j’allais me démerder. Tu sais quoi ? Tous sont restés alors qu’il était déjà tard, qu’il restait plus de 100 bornes et qu’on était trempés jusqu’aux bielles, ma T7 compris.

J’ai viré mes bagages, soulevé la selle, ouvert la boîte qui avait avalé la mer et les poissons. Oui je sais on aurait dû commencer par là! On a refait tourner la roue arrière pour le point de compression et là, miracle, la World Raid a craqué sans hésiter. Mais quel moteur ce CP2 ! Je leur ai dit d’y aller, de se sauver pour de vrai. Je savais que le temps de tout refermer et d’harnacher à nouveau la moto représentait de précieuses minutes. Trente exactement. Je savais aussi qu’à partir de là, la suite n’allait être qu’un enchaînement qui raconte bien ce qu’est le Paris Nordkapp lorsque tu te laisses engloutir par la galère.

Du fait de la « noyade », j’avais plus gps, plus de téléphone. Alors j’ai suivi la troupe du fond de peloton. Franchement, les conditions étaient dantesques. Comme j’aime pas faire chier mon monde, j’ai pas osé dire que j’étais juste en essence. Je suis passé devant une station mais je ne me suis pas arrêté de peur de perdre mes guides. Et forcément a T7 a fini par tomber en rade après quand même 450 bornes! Je me suis retrouvé seul bord de route à attendre que quelqu’un de plus en retard que moi passe. J’ai bu une borne gorgée de SP95 pour siphonner le réservoir d’un concurrent qui m’a guidé jusqu’au bivouac. Là, tu te dis « ouf ». Bah non pas ouf justement. Trempé jusqu’aux os, j’ai changé le pneu avant qui était complètement mort, fait une vidange par sécurité pour éviter la mayonnaise dans le moteur, répare mes alimentations pour le telephone et le GPS pour aller me jeter dans un hôtel (oui j’avoue que le bivouac je le sentais pas) vers minuit ! Car demain, 6 heures, debout pour la même !

PARIS NORDKAPP

Par |Publié le : 6 juillet 2026|1 Commentaire|

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Un commentaire

  1. LAURENT 6 juillet 2026 à 21h30-Répondre

    Bravo tu es un winner lolo 😉🤩🫶

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