
Le Laos – 3.000 km moto off road en famille – épisode 2
Vientiane ➡️ Pavilion Pha Leuang
211,09 kilomètres en 11 heures
Ascension totale: 1.143 mètres
On s’était mis d’accord avant de partir en famille à moto au Laos. Pas d’off road ! C’était clair et net, et on ne reviendrait pas dessus. Les routes sont suffisamment défoncées comme ça pour ne pas en rajouter. Ok alors, pas d’off road. Et puis de toute façon, ce matin à Vientiane, au moment de partir, il pleut comme à Gravelotte en cette saison. Mais si, Gravelotte, tu sais… cette bataille France/Prusse en 1870 qui fit 20.000 morts en Moselle.
Bon là, c’est quand même vachement moins grave mais, sous cette pluie, l’une des questions majeures de ce voyage se pose. Se protéger de la pluie (que l’on nous a prédit comme incessante en cette saison des pluies) ou pas ? J’observe un peu l’autochtone de Vientiane pour constater que de nombreuses options existent pour tous ceux qui se déplacent ici à deux roues. Par exemple, la cape étanche fixée à la moto. Malin. Le Kway porté en mode retourné. Pas con. Un toit fixé sur le scooter. Bonjour la prise au vent en cas de typhon. Il y a aussi ceux qui roulent en tenant un parapluie. Habile !
Et puis il y a ceux qui s’en foutent de prendre des sauts d’eau sur la tronche et qui roulent. Tout simplement, mais avec, toujours une étonnante grâce. En évitant habilement les flaques d’eau, trous et bosses, le tout d’une main pour tenir leur téléphone portable de l’autre, tout en transportant de préférence sa dulcinée (dont les escarpins noir brillant doivent rester immaculés), un nouveau né et deux ou trois autres marmots sans casque. Ha si, parfois, le papa (en responsable père de famille) porte le casque. Forcément pour donner l’exemple, car il est bien évidemment obligatoire ici au Laos.
Bon globalement, il faut bien comprendre que les tonnes d’eau déversées par la mousson sont une « chance ». Enfin quand elles ne se transforment pas en inondations dramatiques. Elles favorisent les cultures, permettent de remplir d’immenses réservoirs en prévision de la saison sèche. D’alimenter un artistique réseau d’eau pour les rizières en terrasses. Et de prendre une douche naturelle et quotidienne dans tous les petits villages que nous allons traverser.
Bon alors, on fait quoi, nous petits européens fragiles, avec toute cette pluie ? Pour mon sac vidéo, c’est une évidence: ce sera double capote. En ce qui nous concerne (Sam et moi) nous optons pour un poncho nous protégeant jusqu’aux genoux. Marie pour une sublime tenue de la DDE locale négociée 250.000 kip (10 euros) le haut ET le bas. Ça peut paraître cher mais au regard de la qualité, ça les vaut.
On sort de la ville, direction Nord ouest, pour emprunter une route plutôt bonne le long de l’impressionnant Mékong. Les couleurs nous sautent au visage. Les terres rouges et ocres contrastent avec le vert fluo des rizières. Les constructions en bois sur pilotis, les maisons rouges parachèvent cette incroyable carte postale. La pluie se calme, je guette mon GPS qui, fait du plus grand des hasards on est bien d’accord, m’indique un chemin là, sur la gauche.
On pourrait faire une exception quand même non ? Marie hésite un peu mais la majorité (Sam, moi et notre inconscience) l’emporte vite. Et puis ce n’est qu’une exception … qui va nous servir de mètre étalon pour la suite de ce voyage. Ici, la boue est ultra glissante, épaisse, collante gluante. Une sorte de toile cirée, arrosée, et tendue à mort sur un sol ultra compact. Enfin pas toujours. Car les multiples petits tracteurs/remorques (j’appelle comme ça ces étonnants engins composés de deux plateaux articulés entre eux avec au centre un moteur 4 temps Kubota RD 140N de 14 chevaux se démarrant au lanceur) creusent d’immenses ornières. Pour info, l’agriculture occupe 85% de la population active.
Résultat , la moindre cote est labourée, retournée. Les pneus de nos CF se remplissent pour devenir des slicks rendant inefficaces frein moteur et freins tout court. Sur ces pistes, rien n’est jamais gagné. Les glissements de terrains sont nombreux, emportant des pans entiers de colline et de piste. Les nombreux affluents du Mékong peuvent vite nous barrer chemin en débordant. Pour résumer et à priori: la piste pendant la saison des pluies avec des motos chargées à ras bord avec passager, c’est pas vraiment le bon plan !
Ok mais eux, les Lao, les locaux, ils font comment ? Bah ils font avec. Ou plutôt sans. Malgré les difficultés et les conditions, ils se déplacent de villages en villages, récoltent, transportent et vivent quoi. Et nous, c’est exactement ce que l’on veut découvrir. La vie rurale et authentique, la vraie. Alors direction la piste. Je ne te cache pas que les premiers kilomètres, l’expérience fut comment dire … enrichissante !
Heureusement, le moteur de la MT450 est d’une souplesse remarquable et la hauteur de selle très contenue car passagère et valises nous contraignent à rester assis et à jouer du haut du corps pour garder l’équilibre. Parfois, et même souvent, les jambes s’invitent pour pratiquer le pas du patineur dans les ornières et autres difficultés. Tiens un pont composé de rondins de bois ultra glissants !!! On descend, on passe les motos une à une en les sécurisant à deux. Dans ce genre de conditions, notre moyenne horaire s’établit à 15 km/h. Une base que nous retiendrons pour calculer nos journées suivantes. Petit exemple, 100 kilomètres de piste, c’est 7 heures. Va pas falloir se montrer trop gourmand sur la longueur des étapes !
C’est ainsi que, fourbus mais heureux, nous arrivons le soir à Pavilion Pha Leuang & Bungalows, bien à l’écart de la vile de Muang Fuang. Un endroit improbable où trône une sorte de salon de thé aux allures un peu nordiques, au milieu des rizières et face à une montagne en forme de pain de sucre. Quelques bungalows délicieusement arrangés et à la modernité détonnante, avec baignoire sur la terrasse, complètent le décor. Un cocktail de bienvenu goût violette et une excellente soupe plus tard, mon disjoncteur général se coupe ! Bonne nuit.
















