
Bon je sais ce que tu vas me dire. D’ailleurs, tu ne m’as pas attendu et tu me l’as déjà dit lors de la première publication (hier) sur mon voyage en Chine. « Lolo, il a craqué son slip. À son tour, il est parti en Chine pour nous retourner le cerveau avec toutes ces mauvaises copies chinoises bradées à -30% sur le marché français. » Mieux (ou pire, je te laisse choisir) je vais me prendre un paquet de commentaires sur la façon de produire des Chinois, les Ouïghours et aussi du « on verra sur le long terme ».
Alors, parce qu’il est évident qu’on ne crache pas au visage de quelqu’un qui t’accueille (où que ce soit dans le monde entier), je vais quand même te dire ce qui, depuis 24 heures que je suis en Chine, m’impressionne le plus.
Bien au-delà de leur organisation, de leurs motos, de leurs objectifs, de l’immensité de leur pays, ce qui me flashe le plus chez CFMoto, que ce soit de la part de Charles (le vice président que j’ai longuement interviewé), de Hannah, de Vivian ou encore de Slim (tous ont des noms « européanises » pour qu’on puisse les prononcer) c’est leur … fraîcheur d’esprit. Leur soif d’apprendre, de progresser et (j’en ai vraiment la sensation ici chez CFMoto) de se faire aimer pour ce qu’ils sont), des passionnés de moto.
D’ailleurs, s’il te plaît, au cours de ce voyage, ne mélangeons pas tout. Moi qui ai traversé la Russie de Moscou à Vladivostok, même avec la guerre en ce moment, ça ne fait pas (en tous cas pour moi) de tout le peuple russe des ennemis ou des agresseurs … le discernement est pour moi la meilleure des choses pour le vivre ensemble. Et ça vaut pour la Chine.
Et puis, si je suis venu ici, c’est aussi pour te raconter ce que j’ai vu. Je sais ce que tu vas me dire: « ce qu’on t’a laissé voir ». Si c’est le cas, ils avaient embauché de sacrés bons acteurs et écrit un putain de scénario. Quelque part dans l’immense et ultra propre ville de Hangzhou, je débarque au siège de CFMoto qui abrite les bureaux mais aussi les lignes d’assemblage CFMoto et de KTM.
L’immense show room est impressionnant. CFMoto n’a que 37 ans (1989) et semble déjà conscient de l’importance de raconter son histoire. On y trouve les tous premiers scooters, les premières motos, les victoires en Moto2, un univers « custom-chill » digne de Royal Enfield.
Y est également représentée la fierté d’avoir été choisi par le gouvernement chinois comme motos officielles pour les convois de dignitaires. À ce sujet, note bien que la moto est souvent interdite dans les grandes villes. « Le gouvernement y trouve la moto trop dangereuse. Le gouvernement veut nous protéger. » Là, tu te dis: « ah tu vois qu’ils sont flickés ». Sauf que partout ailleurs, la moto, ça a l’air assez freestyle.
Pas de restriction pour l’off road, seul le casque est obligatoire. Quand au permis moto, il en existe deux. Le permis deux roues et le permis trois roues, lequel te donne automatiquement accès aux deux roues. Heu, z’êtes sûrs les gars que c’est pas l’inverse ? Bah non. Vivian qui me fait visiter l’usine a obtenu le permis deux roues en échouant au permis trois roues. Là je comprends plus rien …
Dans le show room CFMoto, on trouve la moto qui a effectué le plus de kilomètres en Chine. 33.000 kilomètres en 147 jours. Le futur y tient également bonne place avec Zeeho (la marque de scooters électriques de CFMoto) et enfin des traces du joint venture avec KTM car c’est ici, à Hangzhou, que sont fabriquées les 450, 390 et 790 de la marque.
À ce sujet, s’il m’a été permis, de visiter la ligne d’assemblage KTM, je n’ai pas pu y prendre de photos, ni filmer . « Ha tu vois qu’ils te contrôlent. » Alors non, parce qu’il s’agit davantage d’un souci de sensibilité de la part de KTM que de CFMoto. Cent mètres plus loin, j’entre d’ailleurs librement pour filmer, dans le bâtiment qui abrite la ligne d’assemble CFMoto. Rigoureusement identique à la ligne KTM.
Pour avoir visité pas mal d’usines de motos, ce qui me flashe le plus, c’est l’absence visible de stress. On bosse mais pas dans la précipitation, ni l’urgence. Pour le reste, honnêtement, rien n’a changé depuis le fordisme. Des sous ensembles qui arrivent et sont assemblés. Chaque moteur est mis en route, tout comme chaque moto est testée. Mes hôtes ne cherchent pas à masquer l’emplacement des motos qui ont été évaluées non conformes et doivent être « corrigées ».
Ici on peut produire jusqu’à 400 motos jour. Plus impressionnant, l’ultra agilité de cette ligne. Au milieu d’une série de Roadsters de la gamme, il est possible de glisser un seul trail (MTX 800, 1000 ou MT450) en cas de besoin.
Ok ici, pas de fonderie, pas d’usinage mais je reste frappé par l’absence d’odeur particulière. Tout comme par le fait que les types roulent à moto au milieu de la ligne d’assemblage pour transférer les motos du lieu de contrôle vers la mise en caisse pour transport. À ce sujet, l’essentiel des envois se fait par ferroutage. Bien plus rapide (environ 18 jours pour Lyon) et plus sûr actuellement que le bateau mais aussi bien plus cher !
Midi sonne, l’usine se vide, c’est l’heure de la pause sur une amplitude de 8 heures. Une heure ! Comme partout ailleurs, on en profite pour fumer un clope, sauter sur son téléphone ou encore aller à l’immense cantine qui se repartit sur 4 étages. Un buffet mais aussi des kiosques représentant la nourriture de certaines provinces chinoises dont on préfère me prévenir du côté très épicé.
Chaque employé paie sa nourriture au poids mis dans l’assiette. Le riz lui est a volonté. Ne pas traîner, j’ai rendez-vous avec Charles (le vice président de CFMoto) pour une interview dont il me demandera qu’elle soit le plus informelle possible. Elle le fut. Sans langue de bois aucune mais ça je t’en parlerai plus tard.
Vite, j’ai rendez-vous sur la piste d’essai interne à l’usine. Une sorte d’immense esplanade qui débouche sur une longe ligne droite bordée de rails. Au bout de cette ligne droite censée être limitée à 100km/h, de quoi faire demi tour et revenir par des pistes simulant des bosses et des sauts. Là, une vingtaine de jeunes pilotes font des ronds toute la journée. Sur des scooters, des motos (CFMoto ou pas, CF la Tracer 900), des prototypes à peine masqués et bardés de capteurs. Je fais quelques tours et double poliment des SSV et scooters à 140 km/h.
Je peaufine quelque images dans le show room et Slim vient me présenter le programme du ride à venir. 10 jours de roulage sur la nouvelle MTX 1000 au cœur des montages de Dali, Shangri La. J’ai le sourire mais Slim aussi hyper excité de visiter certains endroits qu’il ne connait pas plus que moi.
Je te laisse faut que je prenne l’avion pour Dali, province du Yunan. Je suis désormais le seul Gweilo (ou gwaï-lo) soit étranger d’origine européenne dans l’avion. J’aime !

















quand je le lis, j’imagine ton intonation XD