Aujourd’hui, Dali – Lijiang en CFMoto MTX 1000. Une quarantaine de kilomètres autour de l’immense lac à la circulation un peu blindée. On ne s’y baigne pas malgré des températures plus que clémentes. C’est interdit pour en préserver la beauté et la richesse. En revanche, on adore parader au volant de coupés de sport. De préférence jaunes. Ou roses. Oui roses tout comme comme les mini side-cars qui servent à emmener ta promise (ou just married) faire le tour du lac.

Malgré les embouteillages, la 1000 y est à son aise. Deux doigts sur l’embrayage, un peu de gaz, beaucoup de frein arrière, et le sur place est aisé en attendant que ça se dégage. Le moteur est doux, la boîte aussi même si perso je préférais un peu plus de fermeté. Passé les 98 degrés, le ventilo se met en route. Avec ses réservoirs inférieurs comme sur les KTM le moteur est pas mal enfermé. Le guidon est hyper large et on a vraiment la sensation de bien maîtriser cette moto qui ne fait pas son poids. Avec mon mètre 76, j’aurais presque préféré la selle haute pour encore mieux « dominer » le poste de pilotage.

Le lac est immense, de jolis temples le bordent. Un petit coup de drone, ça serait pas mal non ? For sure. Bah en fait non. Aucun de mes deux drones ne veut décoller. « You must register CAAC » m’indique la télécommande (la DGAC d’ici). Slim mon compagnon de route se dépouille pour débloquer la situation. Si le petit drone de moins de 250 grammes est vite débloqué c’est plus compliqué pour le Mavic 3.

On verra plus tard. Déjeuner au bord du lac ou Slim me demande si « I want les deux boules?. » Les deux boules, les deux boules? What do you mean Slim par « les deux boules » ? Slim me tourne les talons, file vers un frigo et revient avec deux cannettes de … Red Bull. C’est fou ce qu’une difficulté à prononcer une seule lettre (le R se transforme vite en L ici), la conversation peut paraître surprenante, voire changer le cours de ta vie.

Le moteur ronronne pépère à 5.000 tr/min, pas de quoi le fatiguer. Le vent vient taper juste sur le haut de mon casque et le bout de mes épaules sans réelle pression. Le tableau de bord indique une consommation moyenne de … 4,2 litres !!! On checkera la véracité de ce chiffre au prochain plein.

La ville de Lijiang se dévoile sur fond d’immenses sommets de montagne. Malgré ses 1,2 millions d’habitants, Lijiang a des airs de petite bourgade de province. Essentiellement grâce à sa sa verdure préservée dans les rues et sa magnifique vieille ville. Des boutiques en bas de rues pavées surmontées d’habitations à l’étage. C’est tellement nickel que parfois j’ai l’impression d’évoluer dans un décor de Dysney, même si le lieu (classe à l’Unesco) est plus que millénaire.

Les boutiques vendent de tout. Gâteaux et vins faits à partir de multiples pétales de fleurs, marbre, cornes de vache, thé, costumes des multiples ethnies locales. Slim, qui n’a que 40 ans, me confie qu’il est encore parfois halluciné de voir tout ça. Issu d’une famille pauvre, enfant, un seul et rare carré de sucre faisait son réel bonheur. Un peu plus loin, un étrange étalage qui fait immédiatement marrer Slim.

Je le vois venir. Et de loin. Je savais que ça allait se présenter et j’avais dit non, jamais de la vie ! Sous mes yeux, des insectes frits. D’immondes araignée bien noires, des scorpions, des larves plus ou moins grosses et juteuses, des sauterelles, des serpents. Bouffer ça ? Jamais de la vie, tu m’entends JAMAIS . Slim me fait signe que SI. Bon … alors heu, puisqu’on ne peut pas refuser une invitation, on va essayer de choisir le moins pire.

La grosse araignée là, ça ira? Mais nan, je deconne. J’ai pris ce qui dérangeait le moins mon cerveau: une sauterelle. Une sauterelle c’est bien une sauterelle? Sauf que c’est servi sur une brochette par lot de cinq. Je me  bouche le nez, les oreilles et le mental, et je croque la toute première sauterelle de ma vie, Je mâche, je mâche, je mâche … sans fin. Comme un gamin qu’a plus faim et que l’on force à manger. Puis j’avale.

Sérieusement, bien épicé (oui sur ce coup là j’ai demandé un max d’épices), ça se tente. Bon, tu bois deux trois trucs après pour faire passer quand même le goût que ton cerveau ne parvient malgré tout pas à oublier. Ce soir on a rendez-vous avec Beng Beng, you tubeur moto chinois. Enfin plutôt « Douyineur » chinois puisqu’ici les réseaux  You Tube, FB et Insta sont interdits ici remplacés par Douyin et Bilibili.

Beng Beng (prononcer Bon Bon = « celui qui est plus rapide que toi ») a 40 ans et est l’un des influenceurs les plus suivis pour la moto avec 700.000 followers. Ca paraît peu pour autant d’habitants. « La moto n’est pas célèbre en Chine. Quand le MotoGP est venu, il n’y a eu que très peu de spectateurs. » Mais je vais découvrir une autre raison (juste hallucinante) pour laquelle la moto n’est proportionnellement pas hyper développée. Toute  moto neuve a, ici en Chine, une durée de vie maximum de treize ans. Oui 13 ans.

Au delà, elle est purement et simplement retirée du marché moyennant une centaine d’euros donnés à son ancien propriétaire. C’est ainsi qu’un des amis de Beng Beng me confie posséder une très belle Indian depuis six ans. Elle a 10.000 km mais plus que sept ans de vie devant elle. Pour un prix neuf de 35.000 euros ici, elle ne vaudrait actuellement presque plus rien sur le marché de l’occasion.

En revanche, au bout des treize ans, certains petits mais rares malins tentent  de la transmettre en héritage à leurs parents ou grands parents afin de pouvoir au moins la garder en décorum dans leur garage ou salon.

Pourquoi une telle loi? De l’aveu des principaux concernés « parce qu’avant la Chine produisait des scooters très bons marchés, peu fiables et dangereux après une certaine période. » Désormais obsolète, il paraît que cette loi doit changer. Alors je te vois venir avec tes idées de containers pour charger tout ça et le revendre en Europe, c’est interdit aussi. Puisque je te dis que tout part au broyeur !

Revenons en a Beng Beng. Un chic type. Il est »influenceur » mais aussi instructeur moto. Il faut savoir que le marketing digital est tout neuf ici et ça se sent. Il reçoit énormément de sollicitations de la part de toutes les marques pour en faire la promotion directe. Auprès de ses fans, ce n’est absolument pas un problème. Je ne sais même pas si la notion d’influenceur existe ! Il est d’ailleurs invité à peu près partout (MotoGP au Mugello prochainement, Le Mans en mai prochain par Michelin) tant les marques doivent sentir l’immense potentiel !

Cette fraîcheur se sent aussi dans la façon de tourner les vidéos. Il faut en permanence montrer sa joie, danser, interpeler la caméra. En revanche, pas besoin de wheeling ou de comportement excessif sur la route, pour exister. Allez je te laisse, je vais rouler avec Beng Beng et sa bande jusqu’à Shangri La. Ouais Shangri La ! J’ai vraiment de la chance !

LA CHINE EN CF MOTO

Par |Publié le : 21 avril 2026|0 Commentaire|

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