
Le Laos – 3.000 km moto off road en famille – épisode 4
Muang Fuang ➡️ Kao Niaw Farmstay
214,43 en 11h05
Ascension: 3893 mètres
Le lendemain, on a toujours et encore un peu de mal à partir de bonne heure, alors que l’on sait pertinemment qu’avec 210 km, la journée va être longue en heures passées sur la moto. Sam est couvert de plaques rouges sur le dos qui le démangent à la mort. Punaises de lit, allergie ? Difficile de se prononcer.
Étonnement, le soleil brille de façon franche et brûlante ce matin, au point de se demander si on ne préfère pas un peu de pluie et d’humidité. On fait le plein de nos CF450 et on part à l’assaut d’une interminable route défoncée qui traverse des villes sans fin comme Vang Vieng et Kasi.Heureusement, la circulation n’est pas vraiment dense et tout le monde semble se comprendre. Même lorsqu’il s’agit de passer sur la voie de gauche pour cause de trous alors qu’un camion arrive en face. Les Lao ne sont pas des excités du volant et c’est rassurant.
D’un coup, ma CF émet un bruit bizarre doublé d’une vibration. Je m’arrête, le ventilateur a du mal à tourner. Je rejoins un garage qui semble aussi ouvert que fermé. C’est dimanche, on se repose, on fait la sieste sans négliger une opportunité de business. Karcher, soufflette, je viens à bout d’un petit caillou qui venait contrarier le ventilo. J’en profite pour souffler les plaquettes de frein qui prennent cher aussi.
Ce qui me fait dire que, voyager en pleine mousson avec autant de boue, nécessite une préparation spécifique de la moto. À commencer par un garde-boue haut pour éviter que la boue bloque la roue avant. Un pneu avant purement enduro reste également l’idéal. Même avec les portions de route, il fera largement 3 à 4.000 kilomètres en sécurisant parfaitement le train avant. Ensuite, il faut une grille supplémentaire à l’avant du moteur pour empêcher la boue de se cristalliser sur l’échappement et le radiateur. Il faut également virer les caoutchoucs des repose pieds pour gagner en grip avec les bottes. Et prévoir des plaquettes de frein de rechange ainsi qu’un embrayage au cas où !
À Kasi, c’est l’heure d’une petite pause soupe. Les Lao sont aussi gentils que parfois surprenants. Dans la gargote où nous nous sommes arrêtés, la patronne semble incroyablement distante au point presque de dédaigner notre souhait de manger. Pourtant au moment de repartir, elle nous fera de grands signes et sourires. L’expression d’une extrême timidité des gens ici et nous allons le vérifier en permanence ! Une fois la glace brisée, les Lao sont extrêmement curieux, gentils, rieurs et même blagueurs.
Il est déjà 13h, je sais qu’une bonne portion de piste nous attend. Heureusement, comme par miracle, la route se transforme en un agréable serpentin au bitume nickel qui file vers un col à 1.893 mètres. Surchargés, les 38 tonnes peinent à monter en première. Dans une épingle, deux d’entre eux bouchent le traffic pour avoir manqué de patience. Un peu plus loin, un autre 38 tonnes est couché sur le flanc suite à une panne de freins. A cette altitude, l’air est frais mais pas vraiment froid. Photo souvenir au col au milieu d’autres petits 100 cm3 chargés comme des mules de denrées et on plonge dans la vallée, vers Muang Nan.
Une toute petite piste sur la droite vient longer le Mékong jusqu’à notre destination finale. Incroyable comme quelques heures de soleil peuvent tout changer. Certes il reste de gros passages bien boueux avec de profondes ornières et flaques d’eau mais globalement la piste est porteuse et rassurante. On traverse de tout petits villages où règne une activité rurale permanente. Les gamins nous sourient, nous courent après pour obtenir un check de la main. C’est là que je comprends une nuance essentielle dans nos différents langages corporels.
Moi, lorsque je passe quelque part, je lève tout simplement le bras pour saluer les gens, accompagnant éventuellement ce mouvement d’un: « Sa Bai Dee » (bonjour). Premièrement, je vais apprendre que les gens ne se saluent par entre eux, lorsqu’ils se lèvent ou se croisent pour la première fois dans la journée. Y compris dans une même famille. « Sa Bai Dee », c’est plutôt lorsque tu entres quelque part (un commerce par exemple) et que tu as quelque chose à demander.
Ensuite pour se faire signe et éventuellement se saluer, inutile de lever le bras. Tu agites juste frénétiquement ta main comme le ferait un enfant pour dire « au revoir ». Et le fait est que ça marche et que tu déclenches invariablement d’immenses sourires. Sourire que, de notre côté, nous perdons vite en découvrant un petit affluent du Mékong que nous ne pouvons traverser avec nos motos sans risquer de remplir les boîtes à air.
Heureusement, des Lao sont là avec de frêles barges construites en bambou. Elles servent à faire transiter les mobs et la nourriture récoltée dans les champs d’une rive à l’autre. Nous déchargeons les bagages et passons les motos une à une, en les couchant sur les barges. La technique est simple. Remonter dans un premier temps le courant, pour ensuite se laisser porter vers l’autre rive par le même courant. En une petite demi heure, c’est fait. Tout le monde a mis la main à la pâte alors forcément les prix grimpent. 4 euros par moto + un voyage pour les bagages. On va s’en remettre.
La suite de la piste est toujours aussi étroite, sauvage et somptueuse le long du Mékong. Il est évident que nous ne sommes pas les seuls européens à passer ici mais notre présence en cette saison des pluies semble étonner. 17h35, après 11 heures de moto, nous débarquons à Kao Niaw Farmstay. Gros coup de cœur. De magnifiques chambres logées au cœur des rizières. Un calme absolu, une véritable carte postale. En contrebas, des jardins (bananes, courgettes …) un petit étang pour élever les poissons (du tilapia) à déguster le soir dans son assiette, un buffle, un étang à grenouilles toujours pour manger.
Le boss va nous raconter une histoire que nous entendrons plusieurs fois par la suite. Une première vie avec des études de moine bouddhiste (souvent issus de familles rurales pauvres, les novices come on les appelle, entrent au temple (vat) pour apprendre à lire, écrire et bénéficier d’une éducation gratuit). Puis l’université pour y apprendre un anglais parfait. Quelques années d’une vie professionnelle bien remplie (peut-être trop?) puis l’envie de retourner sur la terre de ses ancêtres pour y « construire » un petit paradis.
Vrai ? Pas vrai? Je n’en sais rien. Reste que nous avons adoré le calme et la gentillesse de ce monsieur. À une heure de marche de Kao Niaw Farmstay se situent les chutes d’eau de Kuang Si, les plus importantes du pays. On en profite pour faire notre première excursion qui … nous fait malheureusement retomber dans le coté « Dysney » du tourisme ! En bas un parking payant où l’on te garde ta moto … dans les horaires voulus hein parce que passe 17h, ciao, bye …
Ensuite une guérite pour payer la visite des chutes ainsi que la voiturette qui t’emmène vers une immense place avec les marchands du temple. Quelques centaines de mètres plus loin, les chutes. Certes belles mais peuplées de tous ces gens qui ne sont venus là que pour faire un selfie et se barrer aussitôt. Nous on grimpe les 570 marches qui te mènent en haut des chutes où … les inondations t’empêchent en fait d’en voir la partie haute.
À partir de là, tu peux redescendre en tyrolienne vers le bas des chutes où t’attend un ours errant dans un lieu clos pour « protéger la vie sauvage ». Je suis peut être un peu con dans ma façon de voir les choses mais le Laos est un pays tellement sauvage, calme et nature que je trouve cette façon de voir le tourisme un peu … forcée, exagérée, Luna Park quoi. Pas grave non plus hein, il nous reste nos motos et les chemins pour échapper à tour ça!
















