
Le Laos – 3.000 km moto off road en famille – épisode 7
Nhong Kiau ➡️ Nong Kiau
23 km en 6h55
Ascension totale: 734 mètres
Nhong Kiau au bord de la rivière Nam Ou. Un village de backpackers qui semblent en fin de parcours. Nos motos sont couvertes de boue, nos fringues et notre odeur nous rebutent nous mêmes. Ca tombe bien, il y a des écriteaux « laundry » absolument partout. Entre 30 et 35.000 kip (1,15 à 1,34 euros) le kilo. Avec nos fringues chargées de boue on grimpe vite à 6 kilos.
On réside un peu à l’écart de la ville, à « la maison de Nhong Kiau » où nous allons marquer une vraie pause de trois jours. Enfin quand je dis une pause… Une piste mène vers le village de Muang Ngoy avec pas mal de choses à voir. Seule interrogation, il y a une rivière assez large à franchir juste avant le village. Passera, passera pas en cette période de mousson ? On verra bien. On va vivre les douze kilomètres les plus boueux de notre voyage jusque la )mais je ne sais pas encore ce qui nous attend par la suite). D’immenses ornières, une boue qui t’aspire les pieds et ne te lâche plus.
Au kilomètre 12 sur 20, on marque une pause pour aller voir la cascade de Tad Mook, une bonne heure à pied à laquelle il faut rajouter dix minutes lorsque tu fais le chemin avec des bottes de moto (si confortables soient le reste du temps nos Alpinestars enduro Tech 10). Le chemin est vraiment sublime et passe au milieu de verdoyantes rizières. La cascade est déserte et tout juste apprêtée pour accueillir des touristes. On se baigne jusqu’à remarquer un petit truc sur mon cou. Putain une sangsue! Je tire dessus, elle se fixe aussitôt sur mon doigt. Je l’attrape avec l’autre main, même chose. On dirait un morceau de scotch dont on peine à se séparer ! Et Marie en est couverte.
On se débarrasse de tout ça pour filer fissa. À la descente nous tombons sur Xay qui tient une ferme organique: des cabanes bambou, des cultures sans engrais, en auto suffisance, des panneaux solaires pour l’électricité et des smoothies de la mort. On discute pas mal alors que revient à nouveau la même histoire. Des études au temple bouddhiste, un anglais parfaitement maîtrisé, des boulots un peu partout, un divorce puis, l’envie de revenir à une vie vraie et simple sur la terre de ses ancêtres.
Force est de reconnaître que cette ferme est paumée au milieu de la jungle: des bananiers, des caféiers et des rizières, partout. Xay jubile de nous faire découvrir le goût incroyable (c’est vrai que ça n’a rien à voir avec chez nous) de ses bananes. Il nous raconte chercher régulièrement des volontaires pour travailler dans sa ferme. Tu viens et tu apportes ce que tu sais faire. Si tu sais peindre, tu peints. Si tu sais cuisiner, alors tu cuisines en échange d’un tarif tout doux sur le logement. Faut juste accepter de vivre au milieu des araignées de la taille de mygales que l’on observe avec crainte. Xay a beau affirmer sur son site web qu’il n’y a pas d’internet dans sa ferme (un comble) je distingue un réseau wifi sur mon téléphone.
La majeure partie de sa clientèle est … française. Oui, si les chinois représentent le gros du tourisme au Laos, pour venir jusqu’ici, il faut marcher de longues heures dans la boue. Et ça , les chinois, ils n’aiment pas ça. Je lui dis que je trouve le vert rizière absolument somptueux en cette période de culture du riz. Après la récolte (octobre) tout redeviendra marron/rouge, couleur de la terre.
Un peu moins flashy mais ce sera aussi l’époque où les animaux (buffles, vaches, chèvres) seront à nouveau en liberté (actuellement dans des enclos pour ne pas abîmer les cultures) dans les champs. À propos d’animaux, Xay nous affirme qu’un léopard a été récemment tué ici par les habitants du village voisin … ça change ce peuple de chasseurs (que l’on voit régulièrement équipé d’arquebuses qui semblent tout juste bonnes à tirer dans les coins) des habituels cochons/écureuils/chèvres sauvages.
On prend congé de Xay, non sans avoir échange sur son incroyable Yamaha PG-1. Une sorte de Honda Inova mais équipée pour l’off Road. Un peu comme la Honda CT125 que jamais personne n’a réussi à importer en Europe. Dommage ! Xay nous affirme que le niveau de la rivière juste avant le village de Muang Ngoy fait que nous passerons pas à moto. Alors on renonce pour retourner à l’hôtel.
Muang Ngoy, ce sera pour demain, en pirogue motorisée. Un agréable voyage d’une heure à contre courant de la puissante rivière Nam Ou actuellement chargée de débris de bois. À la débarque nous filons vers un view point à 270 mètres d’altitude. Point d’observation qui se gagne au moyen de hautes marches et d’échelles en bois, en passant pas la grotte principale de Tham Kang. Je ne suis pas spécialement orienté « visite de grotte » mais le lieu m’intrigue et inspire le respect.
Pendant neuf ans, les américains larguèrent dans cette région du Laos toutes les huit minutes en moyenne, l’équivalent d’un avion chargé de bombes. Soit 600.000 vols, deux millions de tonnes de bombes (bombes à sous munitions, non explosées) pour couper la piste Hô Chi Minh pendant la guerre du Vietnam. Guerre secrète car jamais formellement autorisée par le parlement américain ! Les habitants n’ont eu d’autre choix que de se réfugier dans ces grottes naturelles pour survivre. Avec Sam et un chien qui nous suivra tout du long, nous explorons la grotte jusqu’au plus profond que nous pouvons pour découvrir des offrandes. Putain, ce que le monde peut être curieux quand même !
Ha j’ai oublié de te parler d’un truc. C’est la mousson. Et qui dit mousson dit saison basse pour le tourisme. Et il n’y a personne dans le village de Muang Ngoy. Quand je te dis personne, c’est personne. À l’heure de remonter la quasi unique rue de Muang Ngoy pourtant bordée de restaurants et d’échoppes de souvenirs, on a l’impression d’avoir atterri dans un village au far west. De marcher dans la seule rue principale et d’être observé, dévisagé par tous les commerçants presque surpris de notre présence !!! Dans ma tête, j’enclenche une musique d’Ennio Morricone et me convainc que, c’est sûr, ça va pas tarder à defourailler en l’absence du shérif !
Ho, ho, calme toi Lolo. C’est vrai que c’est curieux comme atmosphère mais le gros avantage à cette saison, c’est que tu peux vraiment voyager à l’arrache, en décidant le soir même de l’endroit où tu vas dormir sans avoir à lutter face à une horde de tourisme. Et puis ça a beau être désert, les commerçants ne racolent pas pour te proposer leur marchandise. Ici on est paisible, on en profite pour faire la sieste, réparer des pirogues.
À Muang Ngoy, le tourisme semble donc débarquer mais tranquillement. La réussite fait rêver mais tout aussi gentiment. D’ailleurs pour les plus rêveurs ou les plus pressés, il existe un autre moyen que nous allons observer en redescendant la Nam Ou sur notre pirogue. Les orpailleurs sur cet îlot au milieu de la rivière qui creusent frénétiquement à la recherche d’un avenir meilleur.
















