
Le Laos – 3.000 km moto off road en famille – épisode 9
Luang Prabang ➡️ Phonsavan
224 km en 10h25
Ascension totale: 5.563 mètres
J’sais pas pourquoi mais j’ai mal dormi. Enfin si, je sais pourquoi. J’ai gambergé toute la nuit. Route ou piste ? Piste ou route ? Par la route c’est 265 km de goudron cassé. Par la piste, personne ne sait vraiment. Si (via Momo un guide français à Luang Prabang) un anglais, Chris, nous fournit quelques photos d’une piste qui aurait été refaite. Photos accompagnées de screenshots plutôt approximatifs de l’itinéraire à prendre. Incroyable! Ici, tout le monde voyage mais personne n’est semble vraiment pouvoir te sortir une trace GPX précise et ça va nous « coûter cher ».
Sur la base de ces photos, désormais seuls avec Marie (Sam est rentré sur Paris en avion), nous choisissons la piste. La précision n’est pas complètement anodine puisque jusque là, Sam emmenait Marie sur les portions d’off Road (car chargé d’un seul sacs sur sa moto) et moi je gérais le gros des bagages avec le handicap des valises latérales qui te tapent dans les mollets dans les portions où il faut sortir les jambes ainsi qu’un équipement pneumatique pas vraiment adapté à l’exercice.
Sur OsmAnd et Google maps, je pense avoir transposé les bonnes bifurcations d’après les photos. On commence quand même par un peu de goudron cassé pour sortir de Luang Prabang jusqu’à une usine de ciment où patiente une file interminable de camions. Là, je me dis que, si ces camions ne vont pas plus loin et font demi tour une fois chargés, l’état de la route devrait s’améliorer. Bingo et, c’est suffisamment rare pour le souligner ici, le bitume ne comporte plus que quelques trous. Kilomètre 45 de notre journée, la piste prend le relais. Large, récente, roulante, magique. On progresse super vite!
Jusqu’au kilomètre 100 ça correspond aux photos de l’anglais. Non seulement on va gagner un temps fou mais franchement, avec tous ces petits villages, j’ai l’impression de davantage découvrir le Laos que par la route. Je m’autorise même un commentaire face caméra pour exprimer ma joie lorsque … se présente la première bifurcation vers le sud. Une petite piste beaucoup moins marquée et très humide. Ça ne veut jamais rien dire ici! Peut-être s’élargit-elle ensuite … on descend jusqu’à tomber sur un cours d’eau dont la force récente a emporté le radier !!! Ça semble jouable.
J’y vais super doucement, en première un doigt sur l’embrayage. L’arrière bute sur des grosses pierres mais ça se passe bien jusqu’à une pierre plus grosse qui me fait perdre l’équilibre côté droit où la rivière est franchement profonde. Splatch … nous sommes immergés jusqu’au cou. Trempés jusqu’à l’os. Marie va bien, je me relève pour couper le moteur et constater que mon sac vidéo baigne dans l’eau. Je l’attrape, le lance sur l’autre rive et tente de relever la moto qui glisse sur de gros cailloux. Rien à faire, il faut d’abord ôter les bagages. Je relève la moto et rejoins l’autre rive.
P…., je suis hyper énervé contre moi même. De ne pas avoir reconnu la difficulté à pied avant et d’avoir fait tomber Marie. Bon … on remet les bagages pour poursuivre. On persiste sur cette voie jusqu’à tomber, un kilomètre plus loin, sur un 4×4 qui hésite à emprunter une descente infernale labourée, retournée et bourrée d’ornières immenses. Là, clairement, si on s’engage là dedans, il faudra boire le calice jusqu’à la lie. Aller jusqu’au bout de cette piste. Je scrute la cartographie ! Si on fait demi tour, que l’on rejoint la piste précédente, il existe un contournement par le nord que j’estime à un bon 300 kilomètres. Soit largement plus d’une journée. Pas le choix !
On fait demi tour, on repasse la rivière où je me suis étalé comme un débutant et on reprend la piste nord pour … butter sur une rivière en crue … quand ça ne veut pas. Les habitants du village ont néanmoins construit un pont de fortune qui devrait supporter le poids de ma moto et de mes bagages. Ça passe. Sauf que de l’autre côté, on me demande de l’argent pour avoir emprunté cet « ouvrage ». La femme et l’homme qui réclament sont un peu véhéments. Première fois, ici au Laos. J’ai toujours joué le jeu quand ça se passe dans la bonne humeur. Là, je passe la première et me barre. Ce qui implique qu’il nous est désormais impossible de faire demi tour et de repasser par ce village !
Ça tombe bien … les emmerdes continuent, voire se multiplient !!! Une descente dans la caillasse se présente suivie d’un nouveau cours d’eau puis d’une montée coton dans la boue et les ornières. Je chute avec Marie et perd franchement patience devant tant de conneries accumulées ! Marie reste d’un calme olympien et me dit que, tant que nous ne sommes pas blessés, tout va bien. Tout va bien sauf quand on constate que la piste que l’on aperçoit dur l’autre versant de la montagne et qui pourrait enfin nous faire filer vers le sud est séparée par une puissante rivière.
Puissante oui mais également infranchissable car le pont a récemment été emporté par la mousson !!! On s’enfonce dans le village à travers une piste de plus en plus défoncée avec d’énormes galets … c’est étroit, pourri, ça ne mène à rien, c’est sûr. Ha si, au loin, à une bonne centaine de mètres de cette grève en galets, trois frêles pirogues font passer de petites mobs d’une rive à l’autre. Ils nous font signe que ça va le faire ! Z’etez sûrs les gars ? Avec ce truc dans ce courant impressionnant et avec tout notre barda ?
On « négocie » le prix mais je préfère ne même pas t’en parler !!! On monte la moto sur leur frêle embarcation et je leur explique que je préfère qu’on la couche. Ils refusent et la sanglent à la verticale ! Même sans avoir quitté la rive, la pirogue tangue dangereusement ! C’est vous qui savez les gars … ah au fait, ous avez une bonne assurance au moins ? Non! C’est con quand même. Bah alors … go comme ça. Avec Marie, nous faisons la traversée dans une première pirogue avec nos bagages puis les types retournent chercher la pirogue supportant la moto. Je n’abuse pas hein, le courant est franchement fort mais les types manœuvrent ça bien mieux que Claudio Cretino sur le Costa Concordia !
Nous voilà de l’autre côté de la rive sains et saufs avec moto, passagère et bagages ! Oui mais pour découvrir quoi ? Une piste boueuse qui n’en finit plus. Franchement, je ferme ma bouche et je préfère ne pas la ramener ! Pas question de se plaindre quand tu vois la résilience de ce peuple devant tant de conditions et d’infrastructures merdiques !
On n’a rien mangé ce midi alors on file chez Bombies, un tout petit resto sans prétention mais digne d’intérêt pour son proprio, Mr Noud. Mr. Noud a réalisé une immense fresque sur un mur avec des photos choc de la guerre secrète menée ici par les États Unis. Il nous montre également fièrement une photo de son père en compagnie de Ho Chi Minh et du prince Souphanouvong, ainsi qu’un paquet de bombes à sous minutions (grosses comme une grenade) balancées par tonnes sur le territoire et m’explique que seules 70% de ces bombes auraient été retrouvées. Que les chiens renifleurs ne peuvent rien ici tant la terre est déjà bourrée de l’odeur de ces explosifs. Les accidents avec les enfants ne sont toujours pas (et encore) rares. Mr Noud m’interpelle en me disant que l’Europe devrait les aider. Vaste sujet … auquel je n’ai pas la réponse. La seule que je puisse faire, c’est te donner envie de venir découvrir ce pays pour une meilleure compréhension du monde et faire une halte chez MR Noud pour discuter avec lui. Retour à l’hôtel et dodo bercé par le « doux » bruit du sèche en espérant qu’il ne prenne pas feu cette nuit !!!
















